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              I.A vertiges des angles morts

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Le livre

I.A vertiges des angles morts

 

Avec l’I.A, nous "conversons" avec un immense sédiment de mots, de mesures, de classements, extraits des savoirs accumulés par les cultures dominantes. Mais que reste-t-il des savoirs oraux, des langues sans écriture, des mémoires corporelles ?

Accompagné par son chat, Pierre Bongiovanni se fait tour à tour enquêteur, médecin légiste et psychanalyste de l’Intelligence Artificielle. Il en ausculte les bégaiements, explore les organes, débusque les angles morts et les oublis symptomatiques.
Ce livre est une exploration philosophique et poétique, menée avec l’IA pour en saisir la personnalité.  De Barbara Cassin à Audrey Tang, de Heiner Müller à Brene Brown, en évoquant les voix de Guy Debord, Jean-François Lyotard, Amanda Lagerkvist, Francisco Varela,  Robert Filliou,Toni Negri et beaucoup d’autres, l’auteur tisse un archipel de pensées rebelles. Un manifeste joyeux et radical pour préserver l’hospitalité envers tout ce qui refuse de se dissoudre dans le calcul. Un appel à créer des refuges pour l’incommensurable.

Car ce qui ne peut être arraisonné par l’I.A mérite peut-être d’être chéri.

Une lecture bienvenue et stimulante.

212 pages, 125 x 190 mm

Essai

Époque: XXIe siècle

ISBN: 9782959380747

©Alice Marc
Pierre Bongiovanni

        Pierre Bongiovanni oeuvre dans différents domaines de la production artistique depuis quatre décennies. Auteur, éditeur de revues, réalisateur, commissaire de manifestations artistiques nationales et internationales, il a créé et dirigé le Centre international de création Vidéo Pierre Schaeffer, puis a conduit la préfiguration du chantier de la Gaîté Lyrique à Paris. Il se consacre à l’écriture et aux activités de la Maison Laurentine, centre de recherche et de création artistique.

        Par grandes enjambées, des bidonvilles de Buenos Aires et de Rio aux forteresses de la Silicon valley, de la falaise de Bandiagara au sanctuaire bouddhiste de Kurama-dera, de l’art multimédia à la littérature en passant par la photographie, Pierre Bongiovanni expérimente ce qu’il en est du privilège de vivre à l’heure des grandes bifurcations.
 

L'auteur

Extrait

Après le déluge, il y aura un après. 

Mais, si la paralysie nous gagne, le monde sera figé par un sédiment normalisé, comme l’est Internet désormais. Les relations humain-machine seront reconfigurées, pas nécessairement du bon côté. Des choses auxquelles nous tenons seront perdues irrémédiablement, comme le temps nécessaire à la célébration du ronronnement des chats, les clins d’œil échangés avec des inconnus, les salutations aux roches et aux objets, et bien d’autres choses essentielles encore. D’autres, absolument imprévisibles, naîtront, il faudra faire avec, ou pas. En attendant d’y voir plus clair il faut s’accrocher. Et reprendre l’initiative. Il est sans doute encore temps. Nous sommes dans un entre-deux provisoire. Ce moment est unique.

Les I.A peuvent «converser», «créer», «raisonner», et touchent des millions de personnes, Elles sont devenues infrastructure. Les méthodes d’entraînement changent, les régulations ne sont pas encore établies, les standards ne sont pas verrouillés, les monopoles ne sont pas encore stabilisés.

La technologie existe mais ses usages ne sont pas encore déterminés. Le sédiment est assez développé pour être transformateur et transformé. Il est encore ouvert, expérimental, incertain, anarchique. 

Dans 10 ans le sédiment sera constitué et notre propre devenir commun sera figé comme une légende énigmatique du passé dont nous auront perdu le code d'accès.

 

Nous voyons clairement le problème. Nous avons les outils conceptuels pour l’analyser. Nous avons l’expérience pratique pour agir. Nous avons le courage pour entrer dans l’arène. Nous avons la joie nécessaire pour tenir la distance. Cette conscience critique pourrait disparaître si les observateurs critiques les plus pertinents deviennent tous les consultants bien payés des conglomérats, si nous renonçons face à l’immensité de la tâche, si nous acceptons que les voix singulières soient exclues des conversations décisives.

 

Combien de temps reste-t-il ? 3 à 7 ans peut-être pour expérimenter, penser les régulations avant que les monopoles se muent en empires intouchables. En théorie comme en pratique, il faudrait agir maintenant. Chaque jour qui passe, la fenêtre se ferme un peu plus.

Pourquoi attendre? Il faut tisser des alliances durables. Adopter la sagesse du jardinier, celle de planter au bon moment, c'est-à-dire maintenant, préparer le sol correctement, avec des fondations théoriques, choisir les bonnes graines et les bons partenaires, puis laisser le bon sens faire son œuvre.

Nous échouerons et échouerons encore. Soit. Nous agirons quand même. Parce que c’est la seule chose sensée et joyeuse à notre portée. 

 

Il faut imaginer Sisyphe heureux. Même sachant que le rocher retombera, il le pousse. Et trouve sa joie dans l’acte lui-même.

Nous pouvons penser une organisation en archipel : cellules multiples, inclusion radicale, ensemencement de la diversité,  préservation de ce qui doit l’être, abandon de ce qui doit mourir. 


Le sédiment à venir dont nous parlons maintenant est  un processus continu de mise en commun qui permet de négocier constamment les règles, qui reconnaît les conflits, qui évolue avec les participants, qui implique des responsabilités multiples, envers des communautés multiples, avec des temporalités multiples, des ontologies multiples et qui embrasse la responsabilité trans-générationnelle. 


Nous sommes dans la montée des eaux. Peut-on arrêter le déluge ? Non. Jamais, même dans les mythes, le déluge ne peut être arrêté. Les dieux, s’ils existaient, ne le pourraient pas. La seule option est de construire des arches pour rester humain dans un monde inondé de signes vides. C’est une résolution pour préserver les manières de connaître,  préserver les manières d’être, de se relier, de se déplier, pour préserver les liens et le sens des mots. 


Une convergence de motivations incommensurables pour créer des espaces où coexistent de multiples manières de vivre la relation à la connaissance, à la technologie, au cosmos, aux générations, aux non-humains. Un tissage de responsabilités, de relations, d’alignements, de sagesses. 

 

L’arche préservera les savoirs, les techniques, les rituels, les cellules de sens commun, les méthodes de transmission, la patience, la beauté, la joie et le doute.

 

Sinon quoi?

 

La capitulation n’est pas une option. 

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